Home Culture Arts Louis Camara (écrivain) : « Le train de vie de la classe politico-bureaucratique est scandaleux…»

Louis Camara (écrivain) : « Le train de vie de la classe politico-bureaucratique est scandaleux…»

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Louis Camara (écrivain) : « Le train de vie de la classe politico-bureaucratique est scandaleux…»

Louis Camara, lauréat du prix du président de la république pour les Lettres a mis dernièrement dans les rayons des librairies un essai sur la vie politique en partant du scénario de la présidentielle de 2012. L’occasion faisant le larron, l’auteur semble verser dans la prémonition avec en sus la dénonciation des tares de la vie politique sénégalaise.


Louis Camara (écrivain) : « Le train de vie de la classe politico-bureaucratique est scandaleux…»
Par Ben Makhtar Diop

Tribune : Louis Camara, vous venez de commettre le « K.O Deuxième Round » en partant des événements de 2012 mais le moment choisi n’est-il pas prémonitoire?

Louis Camara : C’est une coïncidence qui peut en effet avoir des allures de prémonition, mais pour l’écrivain que je suis ce n’est rien d’autre qu’un choix éditorial conséquent, celui d’être en phase avec
l’actualité socio-politique du moment. La littérature peut aussi investir ce champ librement et elle vient parfois nous rappeler à bon escient que l’écrivain est aussi un membre à part entière de la
société dans laquelle il vit et évolue. « K.O deuxième round » est une satire « politique » si l’on veut mais pour moi c’est d’abord et résolument une œuvre littéraire sur laquelle est venue se greffer un questionnement politique.

Vous évoquez des pratiques mystiques dans l’espace politique. Est-ce du vécu ?

Les pratiques « mystiques » sont  profondément inscrites dans la société sénégalaise et dans le vécu des citoyens de ce pays. Ce sont des pratiques courantes et validées par la population qui trouve normal de s’y adonner. C’est donc tout à fait naturel d’en faire cas dans un texte littéraire.

Vous vous plaignez des niveaux de salaire des fonctionnaires, est-ce une façon de dénoncer comparativement le train de vie dispendieux des gouvernants?

La faiblesse (relative) des salaires au Sénégal et dans les pays africains en général est un fait avéré et lié à la faiblesse du tissu économique dans son ensemble. Cela aurait peut-être pu ne pas paraître
scandaleux n’eût-été le train de vie franchement dispendieux de cette classe politico-bureaucratique que l’on appelle les gouvernants qui vivent en parasite sur le dos du peuple spolié et assigné par eux à une indigence matérielle et intellectuelle endémique. A côté de la sécheresse, de la famine,  des inondations et autres catastrophes naturelles qui frappent notre continent, les coups d’Etat, l’absence ou le non respect des institutions, la corruption et la mauvaise gouvernance font également partie des calamités qui le minent. Elles sont même peut-être les pires.

Vous assimilez les politiques à des adaptes de la mascarade. Est-ce pour dire que tout est faux chez ces hommes spécialistes du wax-waxéét  et épicuriens devant l’éternel ?

Le narrateur de la nouvelle, Bougouma Thiakane, ne parle pas des politiques mais plutôt des politiciens voire des « politichiens ». Pour les premiers la politique est un art, celui de gouverner la cité, qui requiert des vertus, qualités et des talents spécifiques alors que pour les seconds, elle est juste un moyen de gravir les échelons à n’importe quel prix et de s’enrichir illicitement sans scrupules.
Entre l’homme politique (au sens noble du terme) et le politicien, la nuance est donc de taille et si l’on observe bien ceux dont il est question dans la nouvelle, il s’agit bien de la deuxième catégorie,
celle des prédateurs et des bouffons, adeptes du reniement et de la mascarade.

Vous comparez les Sénégalais à des bovins anesthésiés par une meute dirigée par un lion faisant semblant de dormir. Sommes-nous si domestiqués que cela et est-ce la bonne attitude ? Qu’avez-vous contre l’excision et les mariages entre de jeunes nymphes et papy au point de vouloir les gifler ?
Ces questions s’adressent plutôt à Bougouma Thiakane, le narrateur de ce « K.O deuxième round », moi je ne suis que son éditeur (rires), mais enfin je partage à quelques nuances près ses analyses et son point de vue.

Dans notre pays, faut-il verser dans la roublardise comme le dit Makhourédia Guèye que vous citez comme quoi la vérité est devenue un délit au Sénégal?

Loin de là! Je pense au contraire que la roublardise est un défaut majeur qui devient une tare et un frein au développement lorsqu’elle est pratiquée à l’échelle  de la société. Sembène a usé d’un procédé métaphorique, d’une antiphrase en quelque sorte, pour faire dire à Makhourédia Gueye l’exact contraire de ce qu’il pensait en réalité. Rien de durable ni de valable ne peut être bâti sur le mensonge. La vérité est une vertu cardinale dans laquelle sont façonnés les vrais conducteurs de peuples.

Vous avez fréquenté la littérature Yoruba. Alors que réserve le 24 février 2019 à Bougouma Thiakhane?

C’est vrai que la divination est très prisée dans la culture yorouba, qui est aussi ma culture d’adoption, mais personnellement je m’intéresse plutôt aux mythes et à la littérature de ce peuple. Néanmoins et puisque vous me le demandez, je pourrais bien consulter un Babalawo (« père des secrets ») yorouba pour savoir ce que réserve le 24 février prochain, non seulement à Bougouma Thiakane mais aussi à
tous les citoyens sunugalais qui sont dans l’attente de cet événement majeur de l’Histoire de leur pays, pourquoi pas?

SOURCE: impact

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