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Le Capitaine Touré raconté par son « papa » et camarades de’Université

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Le Capitaine Touré raconté par son « papa » et camarades de’Université

Marié et père de deux enfants, le capitaine Oumar Touré est, depuis quelques jours, sur toutes les lèvres et sous toutes les plumes. Sa démission de la gendarmerie et ses révélations sur le dossier de viol l’ont fait sortir de l’ombre. Après un brillant parcours scolaire et universitaire, Oumar Touré, 32 ans, est au service de la Gendarmerie depuis 8 ans, dont 2 passés à la section de recherche.

Son nom était inconnu du grand public. Dissimulé dans la cohorte d’enquêteurs que la réserve contraint à enquêter avec maestria mais en toute sobriété, le capitaine Oumar Touré s’est départi de son silence de discrétion, depuis qu’il squatte les univers bourbeux des réseaux sociaux. Sa démission, verbalisée ce dimanche 7 mars, de la Gendarmerie, avait séduit plus d’un. Vu en héros, l’officier de police judiciaire avait capitalisé la sympathie de plusieurs jeunes.  D’homme de l’ombre, le gendarme de 32 ans passe ainsi sous les feux de la rampe. Et le capitaine Touré ne se retient plus, ni ne se contient. De sa bouche, suintent au quotidien des renseignements sur le dossier de viol présumé qui oppose le leader du Pastef-Les patriotes, Ousmane Sonko, à la jeune masseuse Adji Sarr. Une affaire qu’il connaît bien pour avoir été un des officiers de police judiciaire à mener l’enquête. Mais, ce papa de deux enfants, dont une fille, essuie critiques et reproches. Son père adoptif, maire de la commune de Bagadadji Massiré Touré, est péremptoire : le capitaine souffre de troubles psychiques. «Mon père s’appelle Boubacar Touré, il habite Tamba. Ma mère Fatou Mbodji habite Saint-Louis. Si ces deux personnes et mon épouse vous disent que j’ai perdu la tête, vous pouvez le croire», écrit le gendarme sur sa page Facebook.
Pourtant, c’est sous l’aile protectrice de Massiré Touré que le gendarme de 32 ans a grandi. Oumar Touré soufflait sa quatrième bougie lorsque son père Boubacar Touré, militaire à la retraite, le confie à son jeune frère consanguin. Il quitte son natal Bassoum (région de Kolda) pour rejoindre son tuteur, enseignant en service à Salikégné où il intègre la classe de CI. Le reste de ses études primaires, il le passe à Bagadadji, toujours aux côtés de son père adoptif affecté dans cette localité. Le Cfee en poche, Oumar Touré, orienté au collège de Dabo, y obtient le Bfem, avant de décrocher le baccalauréat au lycée Alpha Molo Baldé de Kolda avec la mention Bien. Un brillant parcours que se rappelle Massiré Touré. «Il n’a jamais doublé une classe de l’école élémentaire à la Maîtrise», témoigne son père adoptif.

«Je connais l’homme digne, sérieux, travailleur et rigoureux»
En 2007, le jeune Koldois arrive à la faculté de droit de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Le projet reste le même, l’ambition une : réussir d’un trait ses études supérieures. Une volonté que n’ont pu entacher les dures conditions d’apprentissage. Le courage en bandoulière, Oumar Touré boucle sa licence en trois ans d’affilée. Ababacar Diagne, chargé de l’administration juridique de la Banque régionale de marché (Brm) est son camarade de promotion à la fac Droit. Il se rappelle sa rigueur et son sérieux à la tâche. «Nous sommes de la Promotion Mouhamadou Makhtar Cissé. La première promotion du système Lmd (Licence-master-doctorat). Je connais un homme digne, sérieux, travailleur et rigoureux. Un homme de valeur. On était ensemble à la faculté des sciences juridiques et politiques. On partageait le même groupe de Travaux dirigés, on faisait nos exercices ensemble. Il a toujours été correct. Je ne l’ai jamais vu tenir un propos discourtois à l’encontre de ses camarades». Pour le reste, Diagne s’abstient de tout commentaire. Chérif Baldé, conseiller juridique et fiscal, n’a pu cacher le sentiment qui l’a envahi lorsqu’il a lu la lettre de son proche ami. Pourtant, il aurait peut-être eu la primeur de l’information, s’il n’avait pas raté l’appel téléphonique du Capitaine Touré le jeudi 03 mars. «Le jeudi, il a essayé de m’appeler sans succès. Il m’a envoyé un message, me demandant de rappeler dès que possible. Je n’ai pu le faire jeudi. C’est vendredi, tardivement que j’ai rappelé. Quand j’ai vu sa lettre, connaissant la personne, j’ai fondu en larme ; parce que je me suis dit qu’il a eu tellement mal qu’il a jeté l’éponge. Je ne l’ai jamais vu se fâcher. Il avait tout le temps le sourire aux lèvres dans les couloirs du Pavillon A». Entre Chérif Baldé et la capitaine Touré, l’amitié  qui date de 12 ans, s’est solidifiée au fil du temps. «J’ai connu le capitaine Oumar Touré en 2009, nous étions en 2e année. On se réservait des places mutuellement», se rappelle Chérif Ba, selon qui, le statut de son ami dans la gendarmerie est un mérite. Rigoureux dans sa confidence, Baldé revoit l’image de l’abnégation de son ami préparant le concours de la Gendarmerie. Il confie : «Nous avons fait ensemble le concours de la gendarmerie en 2011. Il y croyait tellement qu’il s’entraînait et apprenait sans répit. Il se levait tôt pour les apprentissages et partait s’entraîner le soir. Je pense que c’est cette discipline et cette rigueur dans le travail qui lui ont valu d’être promu adjoint au commandant, après deux ans à la section de recherche. D’ailleurs, il est passé capitaine avant beaucoup de ses promos.» Prédestiné à un bel avenir dans la maréchaussée, capitaine Oumar Touré est en zone trouble. En attendant que sa hiérarchie l’édifie sur son sort.

TEMOIGNAGES DE MASSIRE TOURE, PERE ADOPTIF DU CAPITAINE : «Nous sommes meurtris, c’est l’espoir de toute une famille qui vient de s’effondrer»

«Je me nomme Massiré Touré. Je suis le maire de la commune de Bagadadji (région Kolda) et aussi membre du Haut conseil des collectivités territoriales. Je suis le père adoptif de Oumar Touré. Il est né en 1988. Son père biologique est mon grand-frère consanguin. Nous avons presque le même âge. Il se nomme Boubacar Touré, c’est un militaire à la retraite. Il a passé et réussi le concours de la gendarmerie. Oumar est un garçon très intelligent, calme, serein et très sérieux dans tout ce qu’il fait ou entreprend. Il est simple. S’il vient ici pour une visite, il ne montre jamais qu’il est un homme de tenue. Il s’habille en boubous traditionnels et joue avec ses camarades. C’est un garçon sociable, serviable et d’une grande largesse. Tout ce qu’il a, il le partage et ne cesse jamais de soutenir ses anciens camarades ou amis. Il est marié et père de 2 enfants : une fille, l’aînée et qui porte le nom de sa tante et un garçon qui porte mon nom. Il était lucide. Mais, ce qui lui est arrivé ces temps-ci, moi je peux le comprendre sur deux angles (deux choses) ; soit il est atteint mystiquement ou bien il a un début de folie. Mais, ce n’est pas le Oumar que je connaissais, à qui j’ai inculqué toutes les valeurs. Son comportement d’aujourd’hui, pour moi, sort de l’ordinaire. Nous, en tant que parents, nous ne nous associons pas à une lutte comme celle-ci. Nous sommes contre ce qu’il a fait. Certes, c’est un fils ; on ne peut pas le renier, mais les actes qu’il vient de poser, nous ne les cautionnons pas. Ensuite pour sa démission, c’est tout un espoir d’une famille qui vient de s’effondrer. Parce qu’il est très jeune. Il n’a pas plus de 32 ans et il est devenu capitaine de la gendarmerie. Malheureusement, il se détruit comme ça.  Mais, pour moi un enfant bien éduqué, de surcroit un musulman, doit garder le secret professionnel, d’autant que c’est lui qui a opté pour être gendarme. Je le répète, il devait rester professionnel dans son travail. Il devait rester sage, digne et faire preuve de professionnalisme et utiliser son intelligence. Mais il ne devait pas faire un travail qui va à l’encontre de l’éthique de la corporation. Personnellement, je suis contre toute violence. Ce sont toutes ces erreurs qui nous ont vraiment meurtris. Nous sommes désolés et demandons pardon à tous les Sénégalais, à toute la nation, à la gendarmerie sénégalaise et au chef de l’Etat, le Président Macky Sall. Concernant sa démission, il ne m’a jamais informé. Je suis surpris. Je ne savais même pas que c’est lui qui avait en charge ce dossier. C’est à travers la presse que je l’ai appris. Je vous l’ai dit, il m’a surpris. Je vous signale aussi que j’ai confié moi aussi mon fils à son père. Il est en classe de 5e au collège.»

ECLAIRAGE D’UN DEFENSEUR MILITAIRE : «Il s’expose à des sanctions disciplinaire et statutaire»
Rupture du droit de réserve.  Que risque le Capitaine Oumar Touré ? Cette question, beaucoup de Sénégalais se la posent. Officier ayant mené l’enquête de viols supposés impliquant le leader de «Pastef-Les Patriotes», il a, via son compte Facebook, annoncé sa démission. Il dit être suivi et surveillé par les renseignements depuis des jours, au point qu’il ne se sente plus en sécurité, alors qu’il n’avait, confie-t-il,  fait que son travail dans le cadre de cette procédure. Après sa lettre explosive dans laquelle il annonçait sa démission, le Capitaine avait fait une vidéo partagée sur le Net et accordé une interview dans un quotidien de la place. Sur un dernier poste Facebook, il livre son «dernier message aux compatriotes avant son entrée en détention». Des actes qui, du côté militaire, seraient passibles de sanctions. Interrogé, un défenseur militaire qui a eu à assister beaucoup d’hommes de tenue, traduits devant le Tribunal militaire et autres tribunaux et Cours d’assise, explique : « C’est un problème de discipline qui se pose parce qu’il est en train de faire des commentaires un peu partout. Il a rompu son droit de réserve en tant qu’officier d’active. Il s’expose à des sanctions disciplinaire et statutaire.»

«Il risque 1 à 5 ans de prison ferme pour désertion si…»

Radiation, perte de ses droits civils… Se voulant plus explicite, le défenseur militaire détaille les fautes du capitaine : «Un militaire qui rompt le droit de réserve s’expose à des sanctions disciplinaires qui peuvent aller jusqu’à la radiation. Tout dépendra du Commandement et de la gravité de la faute commise.» Pour le moment, poursuit-il : « Il est absent. On ne l’a pas vu. Le militaire, si à un moment, on ne le voit pas et qu’il ne revient pas dans les rangs, le Commandement est obligé de le porter déserteur. C’est un délit qui peut le conduire au tribunal militaire. La désertion est un délit militaire et il risque 1 à 5 ans de prison ferme. Si c’est un officier, il peut perdre son grade et les dispositions de l’article 34 du Code pénal  peuvent lui être appliquées. Et il peut donc  perdre ses droits civils.» La suite nous dira la tournure que prendra le destin de «Capi».

THIERNO ALASSANE SALL, REPUBLIQUE DES VALEURS : «L’honneur d’un officier n’est pas dans la désertion devant le péril, se terrer puis se répandre en rumeurs»
C’est une leçon de vie et un code d’honneur que Thierno Alassane Sall a rappelés pour le capitaine Oumar Touré. L’officier de la gendarmerie en service à la Section de recherches de Colobane a choisi de quitter son poste et de divulguer le contenu des procès-verbaux de l’enquête sur les présumés viols répétés et menaces de mort de Ousmane Sonko contre Adji Sarr, est subtilement rappelé à l’ordre par le chef de file de la République des valeurs (Rv). «L’honneur d’un officier n’est pas dans la désertion devant le péril, se terrer puis se répandre en rumeurs. L’honneur de tout serviteur de l’Etat est de dire non, là où il faut, sans faux-fuyants. Le discrédit de la seule Institution encore debout, l’Armée, serait la ruine de notre Nation», a écrit sur Twitter l’ancien ministre de l’Energie.

«Il a 6 jours pour se «rendre», à défaut il sera arrêté…»

«Le capitaine Seydina Omar Touré ne peut pas démissionner de la gendarmerie nationale. La raison est des plus simples. Primo – C’est tout simplement parce que lui, le capitaine Touré qui, comme il l’a lui-même dit, a comptabilisé à ce jour, 8 années de service, a signé un engagement décennal avec cette institution. Secundo – Jusqu’à ce jour (mercredi 10 mars 2021), il n’a déposé aucune lettre de démission sur la table de ses chefs. Or, lui-même sait qu’une démission on la formalise et la dépose devant qui de droit. En ne l’ayant pas fait et en décidant de son propre chef, de ne pas venir travailler, il a commis une faute administrative. En conséquence de quoi, il lui est opposable une sanction disciplinaire. Laquelle est matérialisée par un arrêt de rigueur qui prévoit au maximum, 60 jours de prison militaire. Si le capitaine Touré ne se présente pas à son lieu de travail d’ici à 6 jours (le décompte ne prend en compte que la date du lundi 8 mars dernier), il sera considéré comme un déserteur et cela est constitutif d’une infraction d’ordre militaire. En pareille situation, c’est le tribunal militaire qui va décider de son sort. A partir de ce moyen et sans aucune disposition spéciale, il sera procédé à son arrestation afin qu’il réponde de ses actes, d’abord sur le plan disciplinaire et éventuellement sur le plan pénal», assurent nos sources. En sus d’une sanction disciplinaire, le capitaine Touré encourt une autre sanction, cette fois sur le plan pénal. En effectuant une sortie à travers la presse pour donner des indications sur un dossier d’enquête préliminaire auquel il aurait lui-même participé, il tombe sous le coup des dispositions de l’article 11 du Code de procédure pénale, qui condamne jusqu’à 6 mois, tout officier de police judiciaire qui divulgue les secrets d’une enquête préliminaire. S’il est interpellé, il sera soumis à une expertise psychiatrique afin de s’assurer qu’il jouit de toutes ses facultés mentales. S’il s’avère qu’il n’a pas agi en possession de toutes ses facultés mentales, il sera traité comme tel. A défaut, il lui sera opposé la procédure pénale telle que stipulée par les dispositions de l’article 11 du Code de procédure pénale.»
AIDA COUMBA DIOP, SOULEYMANE SALL, T. MARIE L. ND. CISSE, ABDOULAYE

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