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L’Abbé Jacques Seck, tel quel

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L’Abbé Jacques Seck, tel quel

Il est très connu des musulmans et chrétiens sénégalais, grâce à sa particularité. Il est prêtre, mais récite à perfection des versets du Coran. Ce qui dérange certains chez l’Abbé Jacques Seck qui ‘’assume sa défense du Coran’’. ‘’Toujours prêt à citer un verset dans le sein de l’autel’’. Cet ‘’Imam chrétien, prêtre musulman’’ est le sujet d’un film du même titre. Il est projeté samedi au Complexe cinématographique Sembène Ousmane.

‘’Abbé Jacques Seck est un incompris’’. Prêtre, il ne fait jamais un ‘’Je vous salue Marie’’ les matins, chapelet à la main, dans une église. Il préfère prendre son chapelet musulman et invoquer des noms de Dieu en arabe comme le font les musulmans, lui le prêtre. Son chapelet, un peu bizarre pour un homme en soutane, il l’a depuis bien longtemps, comme cette photo de Cheikh Ahmadou Bamba qu’il garde au fond de sa poche depuis, disons toujours, et qu’il trimballe partout.

Tout le monde ne pourrait comprendre cela. L’Abbé Jacques Seck a, sur une de ses étagères, une photo d’El Hadj Malick Sy et une autre de Serigne Fallou Mbacké à côté de celle de son idole, Nelson Mandela. Qu’un disciple de Saint Paul ait ce genre de portraits est intrigant. Que dire donc de sa manière de faire les prêches. Ses sermons, il les fait en puisant dans des chapitres de la Bible et des versets du Coran. Il cite ces derniers en arabe, avant de les traduire pour les fidèles chrétiens.

‘’Imam chrétien, prêtre musulman’’ définit cet homme d’église qui récite des versets du Saint-Coran mieux que certains musulmans. Il est le titre d’un documentaire de 52 minutes projeté en avant-première mondiale, samedi au Complexe cinématographique Sembène Ousmane. Il est réalisé par le journaliste Gilles Arsène Tchédji. Un chrétien tombé sous le charme de ce prêtre atypique, quand il l’a entendu réciter le Coran. Cela émeut et étonne toujours. Ce fut le cas en 1992, quand le Pape Jean Paul II est venu au Sénégal. Le Saint homme rencontrait alors des chefs religieux sénégalais et Abbé Jacques Seck s’est fait remarquer en citant un hadith. Intrigué, le pape demanda alors s’il était vraiment prêtre.

Comment y arrive-t-il ? C’est la question qu’on se pose. En cherchant, comme dans ce film, l’on découvre que son père, Abdou Rahmane, était un musulman. Mais, à la fin des années 1960, abbé Jacques Seck, né en 1934, a été baptisé et a reçu la première communion le même jour. La confirmation suivit une semaine après. Il va à l’école également sur le tard. Du haut de ses 15 ans, il est géant devant les petits du Ci, on l’amène en Cm1, le niveau est trop haut. Le Ce1 est la classe adaptée. ‘’Il a été un élève sérieux’’, témoigne son camarade de promotion, Jean-Paul Dias. En allant à l’école, son père voulait qu’il devienne député.

C’est en classe de 4e que ses ambitions ont changé et il a voulu devenir prêtre, sur conseil d’un de ses professeurs. Le Coran, ou disons l’arabe d’abord, il l’a appris chez les Pères Blancs, à Rome. Quand il avait des vacances, il partait en Tunisie pour mieux comprendre ces textes saints. Cela lui permit de valser aujourd’hui d’un texte à un autre, de Jésus à Mouhamed (Psl), à l’aise. Très simple dans le port avec son grand manteau sur sa soutane blanche et ses chaussures sans forme, il ne s’encombre pas de fioritures. Toutes ces choses font peut-être de lui ‘’un patrimoine spirituel communautaire, ecclésial, universel’’, comme le pense Gilles Arsène Tchédji.

Avec 45 ans de prêtrise, on croirait qu’il n’a toujours fait que cela. Non ! L’abbé Jacques a été instituteur avant. C’est sous ses costumes d’enseignant d’ailleurs que l’a connu monseigneur Benjamin Ndiaye. Ce dernier a rehaussé de sa présence l’avant-première du film de Gilles Arsène Tchédji. Mais sa soutane, il y tenait et s’est donné les moyens pour cela. Il a étudié dur pour y arriver. Aujourd’hui, il est totalement au service de Dieu, exalte Maman Marie à chaque occasion. Passionné, il sait animer ses messes. Il a toujours un mot hilarant pour ses fidèles. Il chante et danse. Il improvise ses textes ainsi que la cadence à l’occasion sous des applaudissements. On découvre ainsi un prêtre tordant, mais naturel dans ses faits et gestes. Un abbé Jacques Seck authentique.

Ce documentaire que lui a consacré M. Tchédji aura nettement participé à changer, sûrement, le regard de ceux qui ne comprenaient pas certains de ses faits et gestes ou de mieux comprendre certaines de ses réactions jugées tantôt bizarres, tantôt excessives. Il reste et est abbé Jacques Seck ‘’sans tabou’’. ‘’Si l’Inde a connu Mère Theresa de Calcutta, si la France affectionne l’Abbé Pierre, le Sénégal a aussi l’Abbé Jacques Seck. Un prêtre catholique convaincu de sa foi, qui s’illustre de fort belle manière sur le champ du dialogue : le dialogue entre les religions. Cet homme de Dieu a fait de sa vocation une lutte quotidienne et participe en parole comme en acte à renforcer le dialogue islamo-chrétien au Sénégal et partout ailleurs’’. Ainsi, le réalisateur résume la personnalité de l’homme à la soutane blanche.

Il est, en effet, très impliqué dans le dialogue islamo-chrétien. ‘’Il est homme multidimensionnel pour les chrétiens, pour les musulmans, pour le Sénégal, pour l’Afrique et pour le monde. Son nom et sa vie ne doivent jamais tomber dans l’oubli’’, déclare le réalisateur. Abbé Jacques est également un bel exemple dans ce monde où la montée de l’extrémisme et du radicalisme fait rage. L’on pourrait tout juste dire, comme Gilles Arsène Tchédji : ‘’Voici un fils du Sénégal aux origines animistes, qui a choisi la voix du christianisme, est devenu prêtre, tout en faisant également le choix de défendre la voix de l’islam partout où il prêche.’’

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