La Pêche au Sénégal

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Au Sénégal, une des régions les plus poissonneuses du monde, le secteur de la pêche, en progression constante, joue un rôle capital dans l’économie nationale. Le ballet incessant des pirogues le long de nos côtes et l’activité intense des chalutiers au large en sont une preuve flagrante.

Ce secteur, dans lequel les enjeux économiques sont grands, nécessite une législation stricte. Grâce au nouveau Code maritime de 2015, la réglementation pour lutter contre la pêche illégale a été renforcée et une démarche de protection de l’environnement marin a été affirmée par les autorités sénégalaises. Attrait touristique de taille, la pêche sportive aussi se développe, car dans les eaux sénégalaises foisonnent des poissons rares, tant par la taille, que l’espèce.

Avec un taux de captures annuelles de 450 000 tonnes l’an, le Sénégal est le deuxième pays producteur de la sous région, derrière le Nigéria (530 000 t), suivit de près par le Ghana (344 000 t). Les débarquements ont connu, en fin avril 2016, une hausse de 15 824 tonnes, durant les quatre premiers mois de l’année, comparé à la même période en 2015 (source : DPEE, Direction de la prévision et des études économiques) principalement grâce à la pêche industrielle, en hausse de 25,2 %, en avril 2016 comparé à 2015.

Au pays du « tiep bou diene », la consommation de poisson est importante (70 % des apports nutritionnels en protéines d’origine animale (source rapport ISS 2016), avec en moyenne 20,7 kg/an/personne selon la CSRP (Commission Sous Régionale de Pêche).

La pêche est aussi la première branche exportatrice du pays. Ce phénomène est en hausse (188 463 tonnes en 2015), avec une valeur commerciale en augmentation constante depuis 2006, de près de 195 milliards de FCFA (20,87 %) en 2016. Le principal produit halieutique exporté est le poisson frais (79 %), suivi par les conserves (5 %), les produits transformés (4 %).

La vie socio-économique du pays est donc rythmée en grande partie par le secteur de la pêche, qui emploie environ 600 000 Sénégalais (Source : ISS, Institut d’études de sécurité – rapport 2016). Les acheteurs des produits halieutiques sénégalais sont principalement pour le poisson la Côte d’Ivoire, la Corée du sud et la France, et pour les crustacés et mollusques, les pays européens, France, Espagne et Italie notamment. Les exportations sont aussi en hausse vers la Chine. Les industries sont presque autant fournies par la pêche artisanale que la pêche industrielle. La zone de Dakar est la première région de débarquement (40 %), suivie par celle de Thiès (28 %) et celle de Saint-Louis (27 %).

Le foisonnement, la qualité et la diversité des espèces capturées dans les eaux sénégalaises sont dus à plusieurs facteurs. Aux conditions météorologiques avantageuses et à un littoral de 718 km de côtes s’ajoute le phénomène de l’upwelling (remontée d’eaux froides profondes des océans le long de certains littoraux, de novembre à mai) du courant des Canaries, qui touche aussi le Maroc, la Mauritanie et la Gambie. Il est provoqué par des vents induisant des remontées d’eaux profondes, froides et chargées en sels minéraux qui favorisent le foisonnement des espèces halieutiques (sources : IRD). Les eaux douces des nombreux fleuves qui traversent le territoire, le fleuve Sénégal (1700 km) et ses cinq principaux affluents, le fleuve Casamance (350 km), le fleuve Siné Saloum (130 Km), et 477 km du fleuve Gambie, ajoutent à la biodiversité.

La zone maritime sénégalaise est riche de quatre sortes de ressources halieutiques. En haute mer, les ressources pélagiques hauturières (tropicaux et petits thonidés côtiers), les ressources pélagiques côtières (sardinelles, chinchards, maquereaux etc), qui constitue plus de 70 % des prises réalisées dans la Zone économique exclusive sénégalaise, principalement via la pêche artisanale, part la plus importante de la consommation locale. Les ressources démersales côtières (crevette côtière, langouste, crabe, sole, rouget, capitaine, mérou, dorade, poulpe), à forte valeur marchande pour l’exportation, capturés par des chalutiers industriels et les pirogues de pêche artisanale, sont à la base des activités de la plupart des industries de transformation et d’exportation. Enfin, les ressources démersales profondes (crevettes profondes, merlus), qui sont presque exclusivement pêchées par des chalutiers. (Plus de détail sur les espèces et les saisons de pêche).

Les différentes formes de pêches pratiquées sont adaptées à la diversité des ressources halieutiques, et ne peuvent l’être que dans le respect des réglementations, licences et permis demandés par l’Etat. La pêche sans autorisation est punie d’une amende.

PÊCHE INDUSTRIELLE
En grande partie vouée à l’exportation, la pêche industrielle est exercée par des entreprises sénégalaises et étrangères, soumises à une réglementation stricte. Pour exercer la pêche industrielle dans les eaux sénégalaise, les armateurs des chalutiers doivent être munis d’une licence de pêche en cours de validité, délivrée par le ministre chargé de la Pêche maritime.

Il existe quatre types de licences à l’intérieur desquelles existent des options : licence de pêche démersale côtière, licence de pêche démersale profonde, licence de pêche pélagique côtière, et licence de pêche pélagique hauturière. Trois catégories de navires peuvent prétendre à une licence de pêche : les navires battant pavillon sénégalais, les navires étrangers affrétés par les sociétés sénégalaises, et les navires battant pavillon d’un Etat avec lequel le Sénégal est lié par un accord (comme l’Union Européenne). Le coût de la licence est fonction du type de pêche et du tonnage jauge brute du navire. Les autorisations de pêche sont accordées pour une période de 6 mois, renouvelables une fois (http://www.gouv.sn/).

PÊCHE ARTISANALE
La pêche artisanale, avec 19 000 bateaux en activité (6 000 de plus qu’en 2009), dont 4 350 pirogues, est très active, et contribue à 11 % du PIB primaire et 2,5 % du PIB total (Selon l’Agence Nationale de la Statistique). Les débarquements de la pêche artisanale fin avril 2016 sont de 144 872 tonnes (8 793 tonnes de plus qu’à la même période en 2015). Sur les 600 000 Sénégalais qui travaillent dans ce secteur, 400 000 sont dans la pêche artisanale. L’exercice de la pêche artisanale nécessite l’obtention d’un permis de pêche délivré par les chefs des services régionaux de la pêche et de la surveillance, accordé pour la période allant du 1er janvier au 31 décembre.

Le permis de pêche est réparti en 3 catégories : le permis A pour la pêche à pied (5 000 FCFA), le permis B pour les pirogues de 0 à 13 mètres (15 000 FCFA), le permis C pour les pirogues de plus de 13 mètres (25 000 FCFA). Pour les ressortissants des pays africains pêchant en dehors de tout accord de leur pays avec le Sénégal, les redevances sont différentes : Catégorie A : 100 000 FCFA pour les pêcheurs à pied, Catégorie B : 200 000 FCFA pour les pirogues de 0 à 13 m, Catégorie C : 300 000 FCFA pour les pirogues de plus de 13 m.). Il n’existe pas au Sénégal une zone réservée à la pêche artisanale mais une frange maritime de 6 milles marins créée par la loi 70-02 du 27/01/1970 où l’utilisation du chalut de fond est interdite. Les sardiniers ont le droit de pêcher dans une partie de la zone concernée et les thoniers sur toute l’étendue des eaux sénégalaises.

PÊCHE SPORTIVE
Le Sénégal est l’une des destinations « pêche » les plus prisées au monde. Cette activité sportive attire de plus en plus de passionnées, particulièrement en Casamance, l’une des régions les plus poissonneuses. La diversité des milieux aquatiques (eaux froides de la Grande Côte, fonds rocailleux volcaniques de la presqu’île du Cap Vert, eaux chaudes de Casamance, bolongs du Sine-Saloum), et la diversité des espèces de poissons, (requins, carangues, carpes rouges, marlins, espadons, thons, bars, barracudas, mérous, capitaines, etc) font que trois types de pêche différents sont proposés : a Dakar, sur la Petite Côte, à Saint-Louis, dans le Sine-Saloum et en Casamance, on pratique la pêche en mer, ou pêche « au gros » (marlin bleu -mai-juin et octobre-novembre-, requin -fin juin à fin septembre- ou espadon). De la Petite Côte à Saint-Louis), on préfère pêcher à la palangrotte ou à la traîne pour des thons, mérous, truites de mer, carangues, carpes rouges, courbines, coryphènes, etc….Dans cette forme de pêche c’est le combat qui compte, on relâche souvent la prise. Le Surf casting est particulièrement pratiqué sur la Petite Côte (de Rufisque à Joal en passant par Saly). Pour la pêche au lancer, la zone rocheuse de la presqu’île du Cap Vert (Ngor, Ouakam, Yoff) où se pratique aussi la pêche sous-marine le long des rochers (poissons-perroquets, mérous, badèches), est parfaite. Attention, la pêche sous-marine en apnée nécessite une licence de pêche. La pêche en mangrove, dans le Sine-Saloum et en Casamance exclusivement, est une spécialité du Sénégal. Dans cet écosystème d’eau saumâtre les espèces sont innombrables et variées. La pêche en rivière est aussi pratiquée sur les fleuves.

DISTRIBUTION ET TRANSFORMATION DES RESSOURCES HALIEUTIQUES
L’exercice de la profession de mareyeur est soumis à l’obligation d’obtenir une carte de mareyeur, délivrée par la Direction des Pêches Maritimes, accordée pour la période du 1er janvier au 31 décembre. Il existe trois types de catégorie de cartes : la carte de mareyeur 1ère catégorie destinée aux pêcheurs-mareyeurs (20 000 FCFA), la carte de mareyeur 2e catégorie (30 000 FCFA), la carte de mareyeur 3e catégorie destinée au micro-mareyage (10 000 FCF). Toute personne physique ou morale de nationalité sénégalaise ou étrangère peut bénéficier de la carte de mareyeur.

Côté transformation, juste après les conserves, la production de farine de poisson doit répondre à la demande de plus en plus accrue sur les principaux marchés internationaux. Elle est utilisée pour 46 % dans l’aquaculture, 24 % à l’élevage des porcs, 22 % aux autres animaux. Autrefois fabriquée avec les déchets de poisson, cette farine est maintenant réalisée avec du poisson frais en grande quantité. Le poisson séché, avec ou sans sel, de manière artisanale, est emballé dans des cartons et principalement vendu dans les pays de la sous-région comme le Mali, la Guinée, le Burkina, etc.

En dehors des conserves, il existe une forte demande à l’export pour : huiles de foie et écailles séchées pour les industries cosmétiques et pharmaceutiques (France notamment), vessies natatoires (Asie), onglets de toufa (Arabie Saoudite pour des parures), estomacs et œsophages séchés destinés à la consommation. LaGrande Bretagne en importe des quantités importantes.

RÉGLEMENTATIONS ET GESTION DU SECTEUR
Soumis à des règles strictes, il est l’objet d’un effort en terme de réglementations de la part des autorités, pour un meilleur rendement et un renforcement de la qualité de ses produits. Les autorités s’efforcent désormais de pratiquer une gestion durable de la ressource, en imposant des périodes de non pêche pour assurer un repos biologique du poisson, en gelant l’immatriculation de nouvelles pirogues, en annulant des licences de pêche d’espèces pélagiques attribuées à des navires étrangers et en luttant contre la pêche illégale.

Tout navire de pêche industrielle étranger, autorisé à opérer dans les eaux sénégalaises doit avoir un observateur des pêches à son bord, chargé de vérifier si tout est conforme à bord aux accords et réglementations. Des accords spécifiques peuvent êtres signés avec certains, comme avec l’Union européenne depuis 1979. Les derniers accords signés entre le Sénégal et l’UE en novembre 2014 pour une durée de 5 ans prévoient (entre autre) que les navires européens pourront prélever 14 000 tonnes de thon et 2 000 tonnes de merlu par an dans les eaux territoriales du Sénégal en échange du paiement d’un droit d’accès et d’un soutien financier sectoriel.

Ces accords ont soulevé des protestations de la part des responsables de la pêche locale et d’organisations environnementales. D’après cet accords de partenariat, à bord des thoniers canneurs européens qui opèrent au Sénégal, dans le cadre de l’accord, la quasi-totalité des marins engagés sont de nationalité sénégalaise. Les armateurs européens, qui ont une licence de pêche dans le cadre de l’accord, versent chaque année un montant forfaitaire annuel, sur un compte du trésor public, destiné au paiement des primes aux observateurs, agents de l’Etat. La compensation financière perçue par le Sénégal dans le cadre de l’accord de partenariat est d’environ 14 millions d’€ sur 5 ans.

Début 2015, l’Initiative de Transparence de l’Industrie de la pêche (FiTI) a été lancée. La Mauritanie, le Sénégal, la République d’Indonésie et la République des Seychelles en font parties. Ils sont censés forer un Groupe National Multipartite dans le courant de l’année 2016, en passant par une meilleure information et participation des acteurs à la gestion responsable de ce secteur. Des initiatives privées comme l’application présentée à Dakar en 2016 par la Qualcomm Wireless Reach en partenariat avec FHI360, viennent renforcer cette volonté. L’application Wise transmet des données par le biais du réseau sans fil fourni par l’opérateur Tigo doté de GPS, « pour transmettre les informations sur le marché du poisson » donne aussi la météo journalière et des ressources des navigations, localisation, les meilleures pratiques de transformation de poisson, des vidéos optimisées sur les outils mobiles pour la sécurité en haute mer.

Un nouveau Code de la Pêche maritime a été adopté en 2015 (loi n° 2015-18 du 13 juillet 2015). Les sanctions prévues en répression des infractions y sont revues en hausse, l’interdiction de l’utilisation du filet mono filament est renforcée, et la volonté de préservation des ressources halieutiques notamment des sardinelles y est notable. Le processus d’élaboration du code de la Pêche continentale et celui de l’Aquaculture est aussi en cours.

Tout dernièrement, le secteur de la pêche artisanale a été spécifiquement l’objet d’un projet de facilitation à l’accès aux marchés internationaux des produits de la pêche artisanale, au Sénégal, en Mauritanie, en Côte d’Ivoire et en Guinée, une « Assistance technique sur les mesures sanitaires et phytosanitaires et la chaîne de valeur pour faciliter l’accès des produits ouest-africains de la pêche artisanale aux marchés internationaux », financée par le Fonds pour l’application des normes et le développement du commerce et implémenté par l’ONUDI, en partenariat avec l’Association italienne des coopératives du secteur de la pêche, mise en place en février 2016.

Ainsi, tous les efforts semblent être déployés pour que le secteur de la pêche au Sénégal se développe dans les meilleures conditions possibles.