Home Aminata Mbengue Ndiaye Entretien avec Aminata Mbengue Ndiaye : «Je ne suis pas une femme difficile»

Entretien avec Aminata Mbengue Ndiaye : «Je ne suis pas une femme difficile»

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Entretien avec Aminata Mbengue Ndiaye : «Je ne suis pas une femme difficile»

Entretien avec Aminata Mbengue Ndiaye : «Je ne suis pas une femme difficile»

samedi 7 mars 2020 • 858 l

L’idée était d’aborder avec Aminata Mbengue Ndiaye, présidente du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), les questions relatives à sa vie de femme et de mère, loin, très loin du champ politique. A l’arrivée, on tombe sur une Institution aux réponses savamment pensées, une présidente sur ses gardes qui refuse de se laisser bousculer. Et qui, plutôt que de s’épancher sur sa vie privée et familiale, préfère discourir sur les questions relatives aux avancées notées dans la lutte pour les droits des femmes en se permettant juste une petite parenthèse sur la succession dans son parti, le Ps, depuis la disparition de son Secrétaire général Ousmane Tanor Dieng. Entretien.

DROITS DES FEMMES : «Des avancées ont été faites dans ce sens, mais il y a encore beaucoup à faire»

Vous êtes la présidente du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) et la 3e personnalité de l’Etat dans l’ordre protocolaire. Aujourd’hui, comment appréciez-vous l’évolution de la Femme sénégalaise ?

Les femmes ont acquis de nouveaux droits. Des problématiques comme l’accès à l’école et le maintien des filles à l’école, des questions de santé de la reproduction continuent de se poser. Des avancées ont été faites dans ce sens, mais il y a encore beaucoup à faire. Les gouvernants ont cerné la préoccupation en ce qui concerne l’accès des filles à l’éducation. Si on prend l’accès à la terre, les femmes ont encore quelques difficultés et il y a encore des efforts à faire pour que les femmes puissent jouir pleinement des effets du développement. Il y a aussi les problèmes environnementaux, car ce sont les femmes qui subissent plus les problèmes liés à la désertification.

Quelle est votre plus grande satisfaction dans le combat pour la cause féminine ?

De voir la réduction de la charge de travail des femmes rurales devenir une réalité. A l’époque, on a trouvé des femmes qui, du matin au soir, étaient à la tâche. Aujourd’hui, cela est révolu.

Vous avez dit que la situation des femmes a beaucoup évolué, mais il y a un bémol, parce que sur le plan juridique, le statut de chef de famille peine toujours à évoluer au Sénégal. Sur quel levier peut-on appuyer pour faire évoluer cette loi ?

Il y a beaucoup de femmes chef de famille aujourd’hui. Moi-même j’en suis une. Qui peut me dire que je ne suis pas chef de famille ? J’ai ma famille, je la nourris, je travaille, j’apporte des ressources dans ma famille.

Mais juridiquement, ce n’est pas reconnu ?

Même si ce n’est pas réglé par la loi, de fait, il y a beaucoup de femmes qui sont aujourd’hui des chefs de famille. Maintenant, le combat pour les droits, c’est un combat continu, ça ne s’arrêtera pas. Parce que même si on acquiert aujourd’hui des résultats probants, c’est sûr que quelques années après, les gens voudront d’autres avancées. Pour ce qui concerne les droits des femmes, si on part du début jusqu’à maintenant, il y a beaucoup d’avancées. Je rends hommage à Madame Maïmouna Kâne (ancienne ministre) qui a eu à développer un vaste programme d’allégement des travaux de la femme et c’est cela qui a permis aux femmes de diminuer leurs charges de travail à la maison et de pouvoir sortir un peu de la sphère familiale pour aller vers la sphère économique. Dans le domaine de la santé également, même si aujourd’hui nous n’avons pas partout ce que nous voulons en matière d’infrastructures de santé. Je pense que tous les programmes que le président de la République a mis en œuvre dans le cadre du Pse d’abord dans sa première phase, ensuite la deuxième phase du Pse. Il y a aujourd’hui une équité territoriale qui est en train de s’opérer en milieu rural avec tous les projets du Puma et du Pudc. Le monde ne s’est pas fait en un jour. On avance, on évolue ensuite d’autres viennent continuer. Dans le domaine politique, par contre, il y a eu des avancées parce qu’avec la loi sur la parité, aujourd’hui, à l’Assemblée nationale nous n’avons pas une parité parfaite, mais nous avons une très grande représentation de femmes. Tout cela prouve que des avancées sont faites.

Dans le domaine de la Santé, on voit encore des femmes qui meurent en accouchant…

La mortalité maternelle a toujours été une préoccupation. Mais, si vous regardez les statistiques que nous avions en termes de mortalité maternelle et les statistiques que nous avons actuellement, il y a une baisse. Des avancées ont été faites avec la sensibilisation. C’est une question qui nous tient à cœur. La presse également devrait pouvoir jouer son rôle dans la sensibilisation des populations. Aujourd’hui, on ne peut pas aller au siège d’une communauté rurale sans trouver une maternité. Même si, par ailleurs, il y a encore des endroits où, même s’il y a des maternités, le personnel médical n’existe pas. Tout ça, ce sont des efforts à faire. Le Sénégal en est conscient et c’est ce qui justifie tous les projets qui concernent aujourd’hui l’équité territoriale pour que ces déséquilibres qui existent dans les infrastructures au niveau des différentes régions puissent trouver une solution surtout au niveau des zones frontalières, il y a un projet spécifique.

On note également une récurrence du féminicide et des viols. Des crimes plus barbares les uns des autres…

Il y a d’autres combats à mener parallèlement à ça. Lutter contre les violences, c’est lutter contre la drogue. L’abus de drogue est à la base de la plupart des violences qui sont constatées. C’est un combat qu’il faut continuer à mener éternellement. La sensibilisation doit être un acte continu parce qu’à chaque étape, il y a des gens qu’il faut informer, sensibiliser. Aujourd’hui, il y a une loi qui peut les dissuader, la loi criminalisant le viol qui est une loi révolutionnaire, mais pour qu’elle puisse avoir un effet, il faudrait qu’elle soit connue. Et tout le monde doit participer à la vulgarisation de cette loi. On ne doit pas baisser les bras.

Vous imputez la responsabilité à l’abus de drogue, mais il y a des hommes qui violent, qui tuent alors qu’ils sont conscients ?

Non, la drogue est simplement un aspect, mais il y a des gens qui sont violents de nature. Mais, ces gens-là également, il faut les sensibiliser. Si on sensibilise les femmes, c’est pour qu’elles aient les aptitudes, des comportements qui puissent les aider à se défendre.
SUCCESSION AU PS : «La tâche n’est pas aisée.»

Aujourd’hui, vous êtes à la tête du Parti socialiste après le décès du Président Ousmane Tanor Dieng. Est-ce que la tâche est facile ?
La tâche n’est pas aisée, mais il faut faire avec. Maintenant, il nous revient de nous mobiliser pour que le legs du Président Léopold Sédar Senghor soit mené à bon port. Il nous faut continuer à avoir un parti fort et travailler avec la jeunesse pour que les rangs du parti puissent avoir du sang neuf qui contribue à la vie de notre parti. Remplacer Ousmane Tanor Dieng est difficile. C’est une mission impossible. Nous sommes en train de l’imiter dans sa démarche et de mettre en œuvre ses bonnes pratiques.
Vous l’avez dit, il est difficile de remplacer le Président Ousmane Tanor Dieng. On sait que vous étiez très proches. Qu’est-ce qui vous a le plus marquée chez l’homme ?

Il y a énormément de choses qui m’ont marquée chez lui. Au début de l’Alternance quand Pape Babacar Mbaye, Secrétaire général des jeunes et moi, présidente du Mouvement des femmes, on s’est dit que Abdoulaye Wade nous a créé tellement de problèmes qu’il faut qu’on se mobilise pour lui en créer autant. Là, Tanor nous a appelé et nous a dit : «Vous savez, on vient de perdre le pouvoir. Les Sénégalais ne savent pas encore ce qu’il va faire. Ils ont de l’espoir. Donc, nous devons nous calmer et travailler à la remobilisation de nos militants. Et voir sur quel axe on va intervenir.» L’apprentissage de l’opposition était assez difficile pour nous. Ousmane Tanor avait une ardeur au travail extraordinaire. Il était inusable. Je vais essayer de le titiller. Il connaissait les rouages de l’Administration. On va tout faire pour mériter la confiance de Tanor.
Quel est votre plus grand rêve avec le Ps ?
Que le legs soit préservé et de massifier le parti, car la vocation d’un parti politique, c’est le pouvoir.
Vous pensez à un retour du Ps au pouvoir ?
Pourquoi pas ? Cela peut arriver. Pas avec moi comme candidate, mais le Ps peut revenir au pouvoir un jour.
AMINATA, LA FEMME AU FOYER : «Je suis rigoureuse dans le travail et dans l’éducation de mes enfants.»

La tâche s’annonce lourde, mais est-ce que pour la femme leader et de pouvoir que vous incarnez, votre vie familiale n’en pâtit pas ? Avez-vous du temps pour jouer pleinement votre rôle de mère ?
C’était très difficile quand j’étais jeune. Je bougeais beaucoup pour mes activités. Mais, j’avais un mari qui était compréhensif et une famille qui m’appuyait beaucoup. J’ai eu également du personnel de maison qui était extraordinaire. Ils m’ont suppléée auprès de mes enfants surtout en ce qui concerne leur éducation de base.
Vos enfants ne se plaignaient pas de vos absences répétées ?
Non. Je ne les ai jamais entendus s’en plaindre.
En dehors de la politique. Quel genre de mère et de femme d’intérieur êtes-vous ?
Je suis la même Aminata Mbengue Ndiaye partout. Aussi bien dans ma vie politique que dans ma vie privée. Un jour, un ami d’enfance et responsable de parti a dit à mon propos, lors d’une interview : «Aminata, même si on l’élit Présidente de la République, restera à jamais la même. Celle qui aime la compagnie des gens simples.» Je ne renie pas mes amitiés. Je fréquente les mêmes personnes et mon expérience à l’internat du Lycée Ameth Fall de Saint-Louis m’a beaucoup servie. On vivait en famille.
Etes-vous une femme difficile ?
Non ! Je suis rigoureuse dans le travail et dans l’éducation de mes enfants. Mais n’empêche, notre père nous a éduqués de telle sorte qu’on n’avait pas peur de lui et j’ai répété cela avec mes enfants.
Y a-t-il parmi vos enfants un qui veut suivre vos traces ?
Non. Ils me soutiennent, mais ils ne sont pas très actifs en politique. Ils sont des socialistes par force parce que j’achète des cartes à tout le monde, mais ils s’en limitent à ça.
SOPHIE BARRO, MARIA DOMINICA T. DIEDHIOU & N.F.S

 source: igfm

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