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«Chantiers de Thiès»: le témoignage du ministre de l’Économie

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«Chantiers de Thiès»: le témoignage du ministre de l’Économie

Abdoulaye Diop n’a pas été mis en accusation dans l’affaire dite des «chantiers de Thiès», du nom du dossier ayant valu à l’ex-Premier ministre Idrissa Seck et l’ex-ministre de l’Habitat Salif Bâ d’être inculpés. Mais il a été entendu comme «témoin» par une commission de la Haute cour de justice jeudi dernier. Le même jour, les ex-ministres Awa Guèye Kébé et Opa Ndiaye, deux proches d’Idrissa Seck, ont été placés en garde à vue pour des motifs officiels que leur entourage affirme ignorer.

De notre correspondante à Dakar

À en croire un proche de l’actuel ministre de l’Économie et des Finances, il n’y était pas obligé, mais il l’a fait: Abdoulaye Diop s’est présenté jeudi après-midi devant la commission d’instruction de la Haute cour de justice (HCJ), institution habilitée à juger les ministres ou Premiers ministres au Sénégal –anciens ou actuels– accusés de crimes ou délits commis pendant leur mandat. Il y est allé «sur sa propre initiative» et «avec l’autorisation du président de la République (Abdoulaye Wade) et du Premier ministre (Macky Sall), parce qu’il faut leur accord dans ce genre de situation», a expliqué à rfi.fr ce proche ayant requis l’anonymat. Pendant plus de trois heures d’horloge, M. Diop a ainsi été «entendu en tant que témoin et, en sa qualité de technicien, il a apporté des éclairages sur les procédures budgétaires» parce que la conclusion des marchés dans le cadre des investissements faits à Thiès est «un dossier très technique», a-t-il ajouté.

Petit rappel. Thiès (70 km à l’est de Dakar), dont Idrissa Seck est l’actuel maire, devait accueillir en avril 2004 les manifestations officielles du 44e anniversaire de l’indépendance du Sénégal. Des chantiers ont été lancés, notamment pour doter la ville d’une nouvelle autoroute, d’éclairage public en certains endroits, d’un nouveau palais des congrès. Coût global: quelque 46 milliards de francs CFA (plus de 70 millions d’euros) dont plus de 40% n’ont pas été autorisés selon le gouvernement; 40 milliards de francs CFA (près de 61 millions d’euros), tous décaissés par des voies légales selon Idrissa Seck, qui fut chef de gouvernement de novembre 2002 à avril 2004 et qui réfute les accusations de malversations financières portées contre lui.

L’Inspection générale d’État (IGE), commise par le président Wade, a mené l’enquête sur ces chantiers. Dans son rapport, elle a parlé de «graves irrégularités dans le processus de conclusion des marchés», allant de «détournement autoritaire et illégal de crédits» à des «surfacturations». Plusieurs personnes sont citées dans ce rapport, mais seuls Idrissa Seck et Salif Bâ ont été visés par l’acte d’accusation voté le 3 août dernier par l’Assemblée nationale. Cette résolution des députés a rendu valable toute exigence de comparution des deux hommes devant la HCJ, dont la commission d’instruction a entendu et inculpé le 10 août Idrissa Seck, qui est incarcéré depuis le 23 juillet à Dakar, après une semaine de garde, à vue pour «atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l’Etat». Salif Bâ a comparu devant la même commission le 22 août, puis il a été conduit à la maison centrale d’arrêt de Dakar, d’où il a été évacué quatre jours plus tard, le 26, vers un pavillon spécial pour détenus à l’hôpital Aristide-le-Dantec. Il s’y trouve toujours, selon un de ses avocats.

Qu’a dit exactement Abdoulaye Diop devant la Commission d’instruction ? «Je dois respecter le secret de l’instruction», a déclaré M. Diop dans un entretien accordé jeudi soir à Radio-Futurs Médias (RFM), en précisant cependant avoir expliqué aux juges et à deux avocats d’Idrissa Seck et Salif Bâ présents à l’audition «comment les procédures se déroulent en matière d’exécution des lois de finance». Son entourage ne dévoile rien non plus sur son témoignage. En revanche, il annonce l’audition prochaine d’un autre «témoin». L’actuel ministre délégué du Budget, Cheikh Hadjibou Soumaré, devrait également apporter son témoignage dans l’«affaire des chantiers de Thiès», a assuré le proche de M. Diop.

Auditions, mises en garde à vue, perquisitions

Pour l’heure, les alliés d’Idrissa Seck affirment être les cibles d’une chasse aux sorcières, avec la multiplications des convocations à la Division des investigations criminelles (Dic, police) et des mises en garde à vue de certains d’entre eux. Les derniers en date sont Mme Awa Guèye Kébé, qui fut ministre de la Famille, du Développement social et de la Solidarité nationale, puis du Commerce, et Opa Ndiaye, ex-ministre du Plan, qui ont été entendus séparément jeudi par les policiers et placés en garde à vue, selon des proches interrogés par rfi.fr. Leurs domiciles ont été perquisitionnés en leur présence vendredi, puis les deux ex-ministres ont été reconduits sur leurs lieux de détention, ont rapporté les radios privées et leurs proches. On ignore ce que recherchaient les policiers.

Le journal Le Soleil (pro-gouvernemental) a avancé que Mme Kébé a été entendue «sur sa gestion et ses projets à quatre reprises par les enquêteurs dans le cadre d’une procédure judiciaire ouverte à son encontre» à la suite de dons de véhicules à des organisations féminines à travers le pays. Il a ajouté ne pas «disposer» des motifs d’interpellation de M. Ndiaye. Le député Oumar Sarr, exclu du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) en même temps que Awa Guèye Kébé et Idrissa Seck, a affirmé ne pas connaître les motifs des décisions ayant visé l’ex-ministre de la Famille, ni le lieu où elle est gardée à vue. Idem pour ce qui concerne Opa Ndiaye, a de son côté indiqué Abdou Soulèye Kidiera, numéro deux des Forces intégrées pour la démocratie et la liberté (Fidel), un parti d’opposition se réclamant de l’ex-Premier ministre. Oumar Sarr y voit cependant un «harcèlement» visant les proches d’Idrissa Seck, tandis que pour Abdou Soulèye Kidiera, «c’est une tentative d’intimidation (comme) c’est le cas actuellement contre tous les pro-Idy (Idy, diminutif d’Idrissa et surnom de M. Seck, ndlr)».

Les deux hommes ont rappelé que plusieurs «pro-Idy» ont été interpellés et entendus par la police depuis le lundi 5 septembre, dont Yankhoba Diattara, leader des Fidel, qui avait été arrêté lundi matin à sa sortie de la prison civile de Dakar où il avait rendu visite à Idrissa Seck. Il a été placé en garde à vue dans la nuit de lundi à mardi, puis libéré le mercredi 7. Lui, il a eu plus de chance que Mbaye Coulibaly, conseiller en informatique de l’ex-Premier ministre, en garde à vue depuis le lundi 5, et Mme Coumba Ngouye Thiam, qui a été chef de service au ministère de la Famille sous la direction de Awa Guèye Kébé, en garde à vue depuis le jeudi 8.

rfi: par Coumba  Sylla

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