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Bara Diouf, Ancien directeur du quotidien Le Soleil

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Bara Diouf, Ancien directeur du quotidien Le Soleil

Pour plusieurs générations de journalistes sénégalais, l’ancien directeur du Soleil reste une référence. La rigueur, le professionnalisme et les prises de position – approuvées ou controversées – du « Doyen », comme on l’appelle, font encore l’objet de vifs débats au sein des rédactions. À aujourd’hui 80 ans, celui qui, selon ses propres mots, a formé « la plupart des grands journalistes du pays » n’a rien perdu de sa verve. Ni de sa décontraction. L’ancien homme de presse rit volontiers aux éclats et ne rechigne pas à faire quelques confidences

L’histoire professionnelle de Bara Diouf débute dans les années 1950. Jeune cadre supérieur aux Postes et Télécommunications de l’AOF (Afrique-Occidentale française), il rencontre un soir, dans un bistrot du Quartier latin à Paris, l’égyptologue sénégalais Cheikh Anta Diop, alors membre du Rassemblement démocratique africain (RDA). « Dans cinq ans nous serons indépendants, tout va changer. Tu dois reprendre tes études », lui conseille le chercheur. Et celui-ci d’inscrire Bara au lycée Voltaire à Paris, où il passe avec succès son baccalauréat, qui lui permet d’intégrer le Centre de formation des journalistes de la capitale française. Diplôme en poche, le jeune Sénégalais exerce d’abord sa plume au quotidien Le Monde. De retour à Dakar en 1960, il crée l’Agence de presse sénégalaise (APS). Près de dix ans plus tard, à l’initiative du président Léopold Sédar Senghor, le premier quotidien du pays voit le jour. Ce sera Le Soleil. Un nom choisi par le chef de l’État, car « c’est simple, ça éclaire et ça dure », se souvient Bara Diouf, qui dirigea le journal jusqu’en 1986, avant de devenir député du Parti socialiste, le temps d’un mandat de cinq ans.

Observateur toujours aussi vigilant de l’actualité nationale et internationale, le « Doyen » n’hésite pas à délivrer ses impressions sur les dossiers les plus brûlants. C’est avec tristesse qu’il évoque la crise du Darfour qualifiée sans détour de « guerre raciste ». « D’un point de vue général, je pense que tous les conflits sont entretenus par les élites », analyse-t-il. Autrefois fervent défenseur du Parti socialiste, des régimes de Léopold Senghor puis d’Abdou Diouf, Bara ne cache pas son admiration pour le pouvoir en place depuis 2000. « Abdoulaye Wade me plaît. Il a de l’ambition et réalise des choses importantes pour son pays. Je suis très respectueux des institutions et de la patrie. Il est donc normal que je soutienne ceux qui veulent faire de l’Afrique un grand continent », répond-il à ceux qui ne comprennent pas son attachement pour l’ex-opposant et actuel président.
Ses idées, Bara continue de les exprimer occasionnellement dans les journaux sénégalais même s’il préfère « militer » chez lui, dans sa villa paisible du Plateau, à Dakar. « Ma maison est ouverte à tous. J’aime recevoir et discuter durant de longues heures avec mes invités. » Tous les jours, il lit les quotidiens locaux et écoute les radios qui, depuis la libéralisation des ondes en 1995 et l’Alternance en 2000, se sont multipliées au détriment, selon lui, de la qualité du traitement de l’information.

Aujourd’hui, s’il n’écrit que rarement, c’est davantage « par paresse » avoue-t-il avec un sourire espiègle tout en précisant que l’écriture ne lui manque pas énormément. Entre les siestes et les visites quotidiennes de ses parents, amis et admirateurs, Bara préfère désormais se raconter à lui-même des histoires qu’il couchera, un jour peut-être, sur le papier. Ce sera son roman. Celui de ses espérances et de l’amitié entre les peuples. Quant à ses mémoires, il ne souhaite pas réellement les rédiger. « Cela pourrait faire exploser le Sénégal », soutient-il, un brin énigmatique. En revanche, le « Doyen » envisage de recueillir ses éditos du Soleil afin de publier « les plus significatifs ».
Plus « Papa » que « Papi », Bara consacre également une bonne partie de son temps à sa petite dernière, Fatou Bara, âgée de 10 ans, à qui il racontera certainement ses années de militantisme aux côtés de Félix Houphouët-Boigny. Et surtout, son amitié avec le poète-président Senghor et son admiration pour Cheikh Anta Diop Deux hommes qui, dit-on, ne s’appréciaient guère. Bara n’aura pas su les rapprocher. L’un de ses plus grands regrets.

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