Athlétisme

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L’athlétisme fut introduit au Sénégal à partir de 1920, par les militaires et marins français.
A ses débuts, il n’était pratiqué que par les colons. Des clubs furent formés au bénéfice de la nation française. Les tirailleurs sénégalais découvrirent et commencèrent à pratiquer petit à petit l’athlétisme au sein de l’armée française. C’est ainsi que certains d’entre eux réalisèrent de très bonnes prestations, en l’occurrence : Ousmane LY et Tacky NDAO qui battirent successivement le record de France au javelot avec respectivement des jets de 55,26 mètres en 1923, et 58,89 mètres en 1924. C’est un peu plus tard que Taka GANGUE fut sacré champion de France sur la même épreuve avec un jet de 58,41 mètres effectué en 1927.

La pratique du sport était aussi présente dans les missions catholiques et dans les écoles
coloniales.
L’enseignement du sport dans ces structures était assuré par les militaires du bataillon de Joinville qui avaient au préalable reçu une formation de moniteur d’éducation physique et sportive (EPS). A cette époque, seuls les centres qui se trouvaient dans la région du CapVert bénéficiaient exclusivement des services de ces moniteurs d’EPS.
Ceci explique le fait que les clubs les plus anciens du pays se trouvent au niveau de la région de Dakar, notamment la Jeanne d’Arc (JA) de Dakar créée en 1921, et l’Union Sportive Coréenne créée en 1933.
Cependant, il faut attendre l’année 1929 pour que les indigènes puissent former le premier club officiellement reconnu par les autorités coloniales ; il s’agissait de l’Union Sportive Indigène (USI). A cette époque avec l’affiliation directe des clubs à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) qui avait délégué une partie de ses pouvoirs à l’Afrique Occidentale Française (AOF) dont le siège était installé à Dakar, on note une ouverture des clubs européens aux indigènes en leur permettant ainsi de prendre part à l’essor du sport dans la colonie. C’est sur cette lancée que des sénégalais furent sélectionnés au sein de l’équipe de France pour les J.O de Paris de 1924.
Les premiers records de France seront battus par des africains, particulièrement par des
sénégalais comme :
– Ousmane LY et NDAO cités ci-dessus et Taka GANGUE ;
– Pape Gallo THIAM, recordman de France à la hauteur avec 2,03m le 14 avril 1950 sur le stade du Lycée Van Vollenhoven actuellement appelé Lycée Lamine Guèye, record qui dura 6ans. Il apparut au haut niveau dès 1949, et bénéficia de 23 sélections en équipe nationale de France ; il remporta 12 victoires internationales ;
– Malick MBAYE améliora le record de France au triple saut en 1951 avec 14,69 m et mis à son actif quatre titres de champion de France dont un à la longueur et trois au triple- saut.
Plusieurs autres athlètes améliorèrent par la suite des records de France, et furent sacrés champions. Ce fut le cas de :
– Habib THIAM champion de France au 200 m en 1954 et en 1957 ;
– Abdou SEYE, recordman de France au 200 m en 1959 avec 20’’7, au 100 m avec 10’’2, fut le plus prestigieux des champions sénégalais ; il réalisa une performance de 45’’9 sur 400 m en 1960, et devint champion d’Europe sur 200 m avec une performance de 20’’4. Son plus grand mérite fut d’avoir été le premier africain de l’ouest et le premier sénégalais médaillé de bronze aux Jeux Olympiques de Rome en 1960. Médaille de bronze obtenue sur 200 m avec une performance de 20’’7.
– Bernard DIBONDA qui prit la première place sur 400 m aux championnats militaires de France en 1958. Il faisait partie de l’équipe du 400 m victorieuse aux jeux de l’amitié de Dakar en 1963 ;
– Lamine DIACK, actuel président de la Fédération Internationale des Associations d’Athlétisme (FIAA) qui fut champion de France en 1958 au saut en longueur avec 7,63 m ;
– Enfin Pierre WILLIAM qui battit le record de France au triple- saut en 1960 avec un bond de 16,25 m.
Au Sénégal, certains facteurs favorisèrent un tel développement de l’athlétisme. En effet, Dakar était la capitale de l’AOF, et disposait à ce titre des moyens matériels et humains suffisants en quantité comme en qualité.
Dans ce cadre colonial, l’instituteur était initié à la pratique et aux techniques sportives, et cela d’une manière accentuée en athlétisme. A l’emploi du temps de chaque niveau d’enseignement, figuraient obligatoirement deux heures par semaine d’éducation physique et sportive.
Par ailleurs tous les établissements secondaires recevaient annuellement une subvention pour développer le sport en général, et l’athlétisme en particulier. Il y a aussi que l’armée française organisait des compétitions variées et régulières.
Dans le cadre de la politique de développement de l’athlétisme au niveau civil, les athlètes et les dirigeants bénéficiaient de faveurs dans le régime colonial. Tenant compte de tous ces avantages, l’on peut constater que l’athlétisme sénégalais possédait une avance certaine sur celui des autres pays africains francophones. Il contribua incontestablement à l’essor du niveau de l’athlétisme français.