Home Lamine DIACK Athlétisme : le clan Lamine Diack jugé à Paris

Athlétisme : le clan Lamine Diack jugé à Paris

0
Athlétisme : le clan Lamine Diack jugé à Paris

JUSTICE. Une vaste affaire de corruption est au cœur du procès de l’ex-patron de la Fédération internationale d’athlétisme qui s’est ouvert ce lundi à Paris.

 Par  (avec AFP)

À 86 ans, l’ancien patron de la Fédération internationale d’athlétisme Lamine Diack, qui a régné de 1999 à 2015 sur l’IAAF, a rendez-vous avec les juges de la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, à 13 h 30 (12 h 30 GMT), pour répondre des délits de corruption active et passive, abus de confiance et blanchiment en bande organisée. Il risque jusqu’à dix ans de prison et une lourde amende. Sur le même banc des accusés, son fils et quatre acteurs présumés d’un système de corruption voué à protéger des athlètes russes dopés. Les six hommes sont jugés à Paris à la demande de l’Agence mondiale antidopage (AMA) qui a décidé en août 2015, de saisir le Parquet national financier au motif que deux Français, le médecin Gabriel Dollé et l’avocat Habib Cissé, mis en examen, seraient impliqués.

Ce que l’on sait de l’affaire

Le scandale avait porté un rude coup à l’image de l’athlétisme en 2015 et précipité la chute de ce cacique du sport mondial aux mille vies, ancien athlète et joueur de football, avant d’entrer en politique (maire de Dakar 1978-1980, parlementaire de 1978 à 1993), puis de devenir le premier dirigeant non européen de l’IAAF. Mais surtout depuis son arrestation à Paris en novembre 2015, les affaires se sont multipliées : la Russie a été accusée de dopage institutionnel et Lamine Diack est aussi mis en examen pour corruption, soupçonné d’avoir monnayé son influence dans les processus d’attribution des Jeux olympiques de Rio 2016 et Tokyo 2020 et des Mondiaux d’athlétisme 2015 à Pékin, ainsi que pour Doha, qui a obtenu les Mondiaux 2019 après un échec pour 2017. Des soupçons qu’il réfute. À son procès, il est attendu avec l’un de ses anciens conseillers, l’avocat Habib Cissé, et l’ancien responsable du service antidopage de l’IAAF Gabriel Dollé, jugés pour corruption passive.

De Tokyo à…

Dans leur enquête sur l’IAAF, les juges français, compétents parce que des fonds ont pu être blanchis en France, ont découvert deux virements suspects, remontant aux 30 juillet et 28 octobre 2013, en provenance d’un compte japonais sous le libellé « Tokyo 2020 Olympic Games Bid ». Les dates intriguent, car Tokyo a obtenu les Jeux par un vote du CIO, dont Lamine Diack était un membre influent, le 7 septembre de la même année, à Buenos Aires. Mais surtout, l’argent, 2,8 millions de dollars singapouriens (1,8 million d’euros au cours actuel) au total, a atterri sur le compte de la société Black Tidings à Singapour, une « coquille vide » liée à Papa Massata Diack.

Dans le cadre d’une nouvelle information judiciaire, les juges ont convoqué et mis en examen fin 2018 pour corruption active l’ancien patron du comité de candidature de Tokyo 2020, Tsunekazu Takeda. Devant les juges, M. Takeda s’est défaussé sur ses collaborateurs, mais il a dû se retirer de la présidence du Comité olympique japonais.

… Rio

Dans le viseur des justices française et brésilienne, deux virements, pour 2 millions de dollars (1,8 million d’euros), qui ont atterri sur des comptes de PMD le 29 septembre 2009, soit trois jours avant le vote du CIO qui a attribué pour la première fois l’organisation des JO à une ville d’Amérique du Sud. L’argent provenait de la société Matlock Capital, derrière laquelle se trouve un entrepreneur brésilien, Artur Soares, proche de l’ancien gouverneur de Rio Sergio Cabral, aujourd’hui en prison dans son pays pour corruption. Les enquêteurs pensent que ces virements ont été effectués à la demande du patron du comité de candidature de Rio 2016, Carlos Nuzman, qui avait été arrêté à Rio en septembre 2017, puis placé en liberté conditionnelle.

L’ancien sprinteur namibien Frankie Fredericks s’est retrouvé à son tour impliqué, pour avoir reçu le 2 octobre 2009, le jour de la victoire de la cité carioca, un virement de 299 300 dollars d’une société de Papa Massata Diack. Or, Frankie Fredericks était scrutateur du CIO. Il s’est défendu d’avoir cédé à la corruption, mais il a été mis en examen à Paris pour ce motif et suspendu du CIO.

Et Doha

Cette fois, les soupçons portent sur des paiements pour un total de 3,5 millions de dollars (3,1 millions d’euros), versés en octobre et novembre 2011 par la société Oryx Qatar Sports Investment (Oryx QSI), fondée par Khalid al-Khelaïfi, qui gère les affaires de son frère Nasser, le patron du PSG et de la chaîne beIN Sports, au profit d’une société de marketing sportif dirigée par Papa Massata Diack. Pour obtenir de l’IAAF l’organisation de Mondiaux d’athlétisme de 2017 dans ce pays à la chaleur estivale écrasante ? En 2011, c’est pourtant Londres qui a été choisie, mais Doha avait remporté le morceau trois ans plus tard.

Nasser al-Khelaïfi a toujours assuré devant les juges français qu’il n’avait pas de pouvoir de signature chez Oryx QSI. À ce stade des investigations, il est mis en examen pour corruption depuis mai 2019.

Papa Massata Diack, un acteur pivot

Si Lamine Diack a l’interdiction de quitter le pays, la justice française n’a jamais pu approcher l’un des acteurs clés de l’affaire, son fils Papa Massata Diack, l’ancien puissant conseiller marketing de l’IAAF, réfugié à Dakar. Probablement absent, « PMD » entend néanmoins se défendre via ses avocats pendant les six demi-journées d’audience, étalées sur deux semaines. Devraient aussi manquer à l’appel l’ancien patron de la Fédération russe d’athlétisme Valentin Balakhnitchev et l’ancien entraîneur national des courses de fond Alexeï Melnikov, soupçonnés d’avoir soutiré des sommes à sept athlètes en échange de leur protection contre des sanctions, pour un total évalué à 3,45 millions d’euros.

Début des années 2010 : l’arrivée du passeport biologique, qui permet de déceler des variations sanguines anormales, met la pression sur la Russie. En novembre 2011, l’IAAF dispose de 23 noms d’athlètes suspects. Mais Lamine Diack, Habib Cissé et Papa Massata Diack multiplient les voyages à Moscou et les dossiers disciplinaires traînent en longueur, permettant à plusieurs athlètes de participer aux JO de Londres 2012, et pour certains d’être médaillés, comme les marcheurs Sergey Kirdyapkin et Olga Kaniskina ou Yuliya Zaripova (3 000 mètres steeple). Leurs titres seront retirés pour dopage.

La version de Lamine Diack

Durant l’enquête, Lamine Diack a reconnu que les sanctions ont été échelonnées pour ne pas plomber l’image de la Russie, sur fond de négociations sur les droits télé et le sponsoring de la banque d’État VTB pour les Mondiaux de Moscou de 2013. « Il fallait différer la suspension des athlètes russes pour obtenir le contrat VTB », a-t-il convenu. L’ancien maire de Dakar a aussi concédé qu’il avait obtenu 1,5 million d’euros de la Russie pour faire campagne en 2012 à la présidentielle sénégalaise contre le sortant Abdoulaye Wade.

Mais pour ses avocats, les athlètes russes ont bien été sanctionnés (la plupart en 2014) et Lamine Diack cherchait avant tout à sauver l’IAAF de la faillite. Ils réfutent tout lien entre le jeu diplomatique de Moscou et les dossiers sportifs. « Concomitance ne veut pas dire contrepartie », assurent à l’AFP William Bourdon et Simon Ndiaye.

L’enquête a permis de retrouver la trace d’un virement de 300 000 euros, provenant d’un compte singapourien associé à Papa Massata Diack, en faveur de la marathonienne Liliya Shobukhova, en guise de « remboursement » après sa suspension en 2014. Lamine Diack est aussi jugé pour avoir permis à son fils de s’approprier d’importantes sommes dans les négociations avec les sponsors en imposant ses sociétés comme intermédiaires, ou via des commissions « exorbitantes ». L’IAAF, rebaptisée World Athletics et présidée par Sebastian Coe, réclame 24,6 millions d’euros sur ce volet, sur un préjudice estimé à 41 millions.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Résoudre : *
11 − 5 =