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ADAMA DIAKHATE

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ADAMA DIAKHATE, VICE CHAMPIONNE D’AFRIQUE DE BASKET : « Une joueuse comme Astou Ndiaye a manqué à l’équipe du Sénégal pour gagner le titre »
La défaite du Sénégal face au Mali, en finale du 20éme Championnat d’Afrique des nations (Can) de basket-ball féminin, a lourdement affecte les joueuses. Très déçue par cette débâcle, Adama Diakhaté, qui rêvait de quitter les terrains de basket avec un cinquième titre continental, âpres ses sacres de 1990, 1992, 1997 et 2000, raconte comment elle a vécu ce cauchemar. Dans cet entretien qu’elle nous a accorde, l’ailière, des «Lionnes », regrette l’absence d’Astou Ndiaye dans le groupe et plaide pour un retour à la formation a la base. Et pour mettre en relief l’amateurisme qui régnait autour de l’encadrement des «Lionnes», révèle que les joueuses sénégalaises ont, après leur réchauffement, joué avec des maillots… mouillés.

Le Populaire : Votre rêve a été brisé de prendre votre retraite internationale avec une cinquième médaille d’or à l’issue du 20eme Can des dames. Comment vivez-vous cette désillusion ?

C’est vraiment dur pour moi. Je vis difficilement cette déception. Je voulais gagner la médaille d’or pour ma dernière sortie avec l’équipe nationale. Je voulais aussi cette victoire finale pour les jeunes qui n’ont jamais remporté un titre continental. Surtout que le peuple sénégalais qui nous a soutenues s’attendait à être récompensé par une médaille d’or, à l’issue de cette confrontation contre nos voisins du Mali. Mais il faut que les gens comprennent que c’est la loi du sport. On voulait bien récompenser nos dirigeants et notre peuple, mais Dieu en a décidé autrement. II fat donc s’en remettre à Dieu qui nous donnera peut-être la victoire la prochaine fois. II y a beaucoup de jeunes talentueuses qui sont là et qui sont prêtes à assurer la relève. Je• leur souhaite bonne continuation.

Le Populaire : Est-ce à dire donc que votre décision de raccrocher les baskets est irrévocables ?

Je compte arrêter. J’étais revenue, après deux années sabbatiques, pour aider le Duc. Finalement, je me suis retrouvée en équipe nationale dans l’espoir de remporter un dernier titre continental. Même avec une cinquième médaille d’or au cou, je n’allais pas revenir sur ma décision. II faut savoir arrêter, d’autant plus que je veux disposer de plus de temps pour m’occuper de mes enfants et me consacrer à mon travail. Le temps passe et j’ai actuellement 37 ans.

Le Populaire : A votre avis, qu’est-ce qui peut expliquer la déroute en finale face a une équipe du Mali que vous aviez battue en match de groupe?

On a perdu et ça peut même arriver à la meilleure équipe du monde. L’équipe a bien joué en remportant sept matches lors de ce tournoi. On voulait bien faire, mais on est passé à côté de notre match lors de cette finale. Ce qui s’est passé, il faut avoir le courage de le dire, c’est qu’il y avait un naufrage total de l’équipe. On a beaucoup misé sur la défense qui n’a pas été à la hauteur des attentes. En attaque aussi, l’équipe ne trouvait pas ses marques. Tout s’est dessiné des les premiers instants de la partie. C’est une défaite logique. Car le Mali, qui est une grande équipe qui mène par 10 à 0, a le potentiel nécessaire pour maintenir son avance. Nous n’avons jamais été devancées par 10 points d’écart. Et lorsque à l’issue du premier quart temps le score est passé de 18 à 8, je me suis dit que c’est terminé et que pour revenir à la hauteur de l’adversaire, il faut s’armer de beaucoup de courage.

Le Populaire : Vous avez donc vu la défaite avant le terme de la rencontre ?

(Catégorique) Mais oui ! Les Maliennes ont plié le match dès la première mi-temps. Nous avons tout tenté en seconde période pour revenir au score, mais c’était impossible. Nous avons essayé la zone, mais le résultat n’a pas changé. Si la défaite arrive, c’est donc normal que tout le monde passe a côté.

Le Populaire : Est-ce que réellement cette histoire de changement de maillots alors que l’équipe s’échauffait a eu un effet négatif sur votre concentration?

Le changement de maillot s’imposait (ndlr : le règlement de la Fiba-Afrique impose à l’équipe qui reçoit de s’habiller en clair). Mais ailleurs, on a entretenu le flou en disant que le pays organisateur peut porter les couleurs de son choix. On ne faisait pas allusion à l’équipe qui devait recevoir. Voila un premier signe qui devait faire penser à la défaite; On a été déconcentrées lorsqu’on nous a demandé d’aller changer les maillots verts pour porter du blanc. C’était dommage. Et je fais remarquer que les maillots blancs étaient mouillés avant qu’on ne les porte (ndlr : utilises la veille, lors de la demi-finale contre le Mozambique, ces maillots ont été repris de chez le blanchisseur).

Le Populaire : Comment voyez-vous l’avenir de l’équipe nationale et du basket sénégalais ?

Je l’ai dit plus haut, il y a de jeunes joueuses dans l’équipe. L’avenir est encore prometteur pour le basket sénégalais. II faut donc encourager ces filles, comme Aya Traoré qui figure dans le cinq majeur d’Afrique, pour qu’on retrouve vite le mental et penser gagner la médaille d’or lors du prochain tournoi. C’est vrai que c’est difficile de jouer un tel tournoi devant son propre public. Mais on organise aussi pour gagner. Tout est possible. Nous on a gagné tous nos trophées à l’extérieur. Et c’est ce genre de discours qu’il faut tenir à ces jeunes à l’avenir prometteur. Je pense vraiment qu’il faut aller vite en tirant le bilan de la participation du Sénégal au tournoi de Dakar. Toutes les erreurs doivent être rectifiées et les conséquences tirées pour savoir sur quelle base repartir. Le basket sénégalais ne mérite pas cette période trouble qu’il traverse.

Le Populaire : Qu’en est-il, selon vous, des problèmes de formation à la base qui sont soulevés
?

C’est une nécessité que de revoir le travail qui est fait à la base. II faut qu’on forme au Sénégal en cherchant surtout des joueuses de grande taille. II nous manque des pivots de grande taille en équipe nationale. II faut un travail de détection pour trouver des pivots et renforcer les intérieurs. Des ailières de grande taille comme Aya Traoré, qui s’est beaucoup investie dans la bataille au rebond. C’est le moment de regretter la non-sélection d’Astou Ndiaye. Parce qu’une joueuse comme elle a manqué à l’équipe du Sénégal pour gagner ce Championnat d’Afrique. Je suis convaincu qu’une joueuse de la qualité d’Astou Ndiaye, avec son expérience, aurait certainement beaucoup apporté à l’équipe dans cette quête de reconquête du titre. Je le dis car je le pense sincèrement, même s’il faut toujours respecter les choix du coach qui est le seul à pouvoir donner une explication à l’absence d’Astou Ndiaye qui, je crois, avait bien sa place dans l’équipe.

Le Populaire : Quels autres regrets ont provoqué chez vous cet échec patent?

Mes regrets sont nombreux.• C’est surtout le fait d’organiser et de perdre devant son propre public qui fait mal. C’est un grand regret pour le peuple sénégalais qui a collé à l’équipe jusqu’au dernier coup de sifflet. Certes, on lui a procuré des moments de bonheur durant les autres matchs, mais la finalité, c’est la médaille d’or qui était la juste récompense des sacrifices consentis çà et là. La coupe ne devait pas quitter les frontières du Sénégal pour être fêtée à Bamako. Ca fait mal et il faut que chacun s’assume à son niveau de responsabilité. C’est mon sentiment, même si je n’ai rien de particulier à reprocher à qui que ce soit.

Le Populaire : Pensez-vous vous reconvertir dans le basket?

Pour le moment, je n’ai aucun projet. Je ne compte pas me reconvertir comme d’autres devancières qui sont dans l’encadrement technique des clubs ou ont crée des écoles de basket. Je vais m’éloigner un peu du milieu tout en restant une simple supportrice. Je ne suis pas encore tentée par une quelconque expérience. Vous me permettrez en revanche de dire un grand merci au peuple sénégalais pour ce qu’il a fait pour moi ! Adieu les terrains de basket et bonne chance pour les jeunes qui ont de grands défis à relever !

Entretien réalisé par Youssouph BADJI

Source : Le Populaire – mercredi 03 octobre 2007

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